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Myanmar : le coup d’État

By 26 mars 2021No Comments

Le 1er février a eu lieu l’arrestation du Président Birman Win Myint ainsi que de la cheffe du gouvernement Aung San Suu Kyi et de plusieurs hauts représentants du parti au pouvoir. Cette arrestation s’est produite lors d’une opération ordonnée par l’état-major de l’armée birmane.

 

L’armée birmane est désormais à la tête du pays pour une durée d’un an. Le chef de l’armée Min Aung Hlaing a nommé le général Myint Swe président par intérim.

Quelles sont les raisons de ce Coup d’État ?

L’histoire politique chaotique du Myanmar peut expliquer les circonstances d’un tel Coup d’État. En 1947 la Birmanie signe son indépendance. Les militaires instaurent une dictature pendant près de cinquante ans, de 1962 à 2011. La fin de cette dictature militaire sera marquée par une avancée vers la démocratie, avec la création de la Constitution birmane à l’initiative de la Tatmadaw (l’armée) en 2008. La transition démocratique sera effective en 2011.

En surface, l’apparition de la démocratie au sein du Myanmar sonne comme un renouveau, un changement total du système politique. Néanmoins quand on regarde de plus près la constitution, on remarque que l’armée possède les 3 Ministères régaliens de la Défense, de l’Intérieur, des Affaires frontalières et 25 % des sièges du Parlement. Cette constitution est un moyen pour l’armée de garder un contrôle presque total sur le pays, sous couvert d’une “transition démocratique”.

Aung San Suu Kyi est la fille du général Aung San, qui a négocié l’indépendance du Myanmar. Véritable icône dans son pays, elle incarne l’espoir de la démocratie en créant le parti de la Ligue Nationale pour la démocratie. Elle devient de facto chef du gouvernement en 2011 lors de la transition démocratique. Son but ultime est de libérer le pays face à l’autorité de l’armée.

En 2020, des membres du parti de Aung San Suu Kyi tentent de déposer des amendements afin de modifier la constitution établie par la Tatmadaw (l’armée). Une tentative qui va déplaire fortement aux forces militaires et qui sera rejetée en bloc.

Les dernières élections du mois de novembre seraient l’élément déclencheur de cette prise de pouvoir. Le parti politique de l’armée (PSDU) a observé un échec cuisant lors des élections, ce qui a provoqué l’indignation du parti qui a longtemps crié à la fraude électorale.

Le coup d’État fait écho à ce qu’il s’est passé en 1990 des suites d’une autre élection organisée par l’armée au pouvoir. 80% des voies ont été en faveur de la Ligue nationale pour la démocratie d’Aung San Suu Kyi. Suite à ce résultat, les élections ont été tout simplement annulées, et Aung San Suu Kyi a été assignée à résidence pendant presque 8 ans.

Quelles répercussions aura ce coup d’État sur le pays ?

Les militaires ont déjà démontré leur autorité en utilisant la violence contre les citoyens. Des affrontements sanglants ont été perpétrés contre ceux qui ont tenté de se soulever face à l’oppression.

De nombreux mouvements de protestation éclatent dans tout le pays, en passant notamment par les réseaux sociaux pour se faire entendre. Des manifestations pro-démocratie sont également organisées même dans les zones les plus reculées. Les habitants vont retirer leur argent des banques tenues par la junte, des cyclistes bloquent les routes en réparant leurs vélos en plein milieu de la chaussée, le hacking des sites Gouvernementaux…

Ce mécontentement populaire est inédit. Malgré une sévère répression de la junte qui a causé 38 morts le 4 mars, des dizaines de milliers de citoyens sont bien décidés à faire entendre leur contestation face à cette prise de pouvoir brutale.

Comment a réagi la communauté internationale ?

Le Coup d’État a provoqué une indignation générale dans le monde. Cependant, plusieurs spécialistes sont sceptiques face à l’aide que peuvent apporter les grandes puissances mondiales telles que l’ONU, l’Europe ou bien les États-Unis.

En effet, le soutien implicite de la Chine face à la répression militaire au Myanmar mettra un véto sur les actions que pourra tenter de faire l’administration américaine notamment sur les éventuelles sanctions.

De plus, la junte sait pertinemment que la crise sanitaire a provoqué la fermeture des frontières du pays. Leur marche de manœuvre est par conséquent beaucoup plus libre qu’en temps normal.

Qu’en est-il du tourisme ?

Après avoir prolongé automatiquement la validité des visas édités entre le 2 janvier et le 21 mars 2020 mais non utilisés en raison de la pandémie mondiale de la COVID-19, les voyageurs devront prendre leur mal en patience pour se rendre au Myanmar. En effet, les frontières du pays demeurent fermées aux ressortissants étrangers depuis presque un an.

La suspension des visas électroniques sera effective jusqu’au 31 mars prochain. Cependant en raison du contexte sanitaire et politique, il est probable que les restrictions soient prolongées jusqu’à la fin du mois d’Avril 2021.

Le meilleur moyen de vous tenir informé de la situation au Myanmar est de consulter le site officiel des autorités birmanes.

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